« L'esprit cherche et c'est le c½ur qui trouve. »
GEORGE SAND
« La lumière m'aveugle.
S'il vous plaît, Je ne vois plus rien.
(...)
J'étais assise.
J'étais assise, là. Oui c'est ça.... J'étais assise là bas.
Je ne sais plus (...) Peut être que si j'y retournais, si vous me laissiez y aller, je... Il était assis là, et je me tenais derrière, les bras pendants, toujours cette habitude, laisser pendre ses bras, comme dénués de toutes articulations, ne laissant que la peau au bord du déchirement, maintenant le tout en place. Je le lui disais. Souvent je le lui ai dis.
Mes mains froides, je me souviens. Mes mains enlaçaient son coup, comme une douce caresse... Une brume de froid soir d'été sur sa nuque. Il ne disait rien, pas un mot, ses gémissements s'étaient calmés. Lui, d'une nature si attentive, ne prenait plus la peine de garder les yeux ouverts. Je pris sa tête entre mes mains... Je suis allé faire couler l'eau dans le lavabo, ça l'agaçait.
Quand l'eau coulé sans raison, il s'énervait. »
Long silence
« Je ne sais plus (...) Peut être que si je pouvais le revoir, si vous me laissiez y aller, je... Un bruit m'a fait revenir vers lui : il ne tenait plus sur la chaise. Il n'a jamais su, les gens riaient de nous voir si ridicules, mais il ne savait pas. Toujours, là, au devant de la scène, à s'exposer aux regards prétentieux et à leurs offrir ce qu'ils attendaient tous ; la déchéance de l'homme fatigué, rattrapé par les scrupules et ses ambitions passées.
J'ai du ouvrir, l'air devenait insupportable, trop lourd de mépris, accablé de silences interminables. Je devais ouvrir. J'étouffais de ses non-dits qu'il laissait échapper à son insu.
J'ai même cru qu'il pleurait, je pensais voir des larmes s'effondrait sur son visage immaculé.
Ses yeux débordaient de puanteur.
(...)
Les faits ? Vous savez ce qu'il s'est passé.
Je suis là parce que vous savez, non ? Vous savez comment, mais vous ne savez pas pourquoi.
C'est cela que vous cherchez n'est-ce pas ? Pourquoi.
Et je ne saurais m'avouer les raisons de cet acte, de ces actes, violences répétés, qui perdurent en moi. Une même image saccadée ne trouvant suite à la pellicule qui la mise au monde. J'ai beau refaire les même cent pas dans ma tête, je ne pourrais, je n'arriverais jamais à retracer ce raisonnement qui me paraissait alors si claire, et qui s'annonce dépourvu de toutes significations plausibles aujourd'hui.
Est-ce que je pourrais avoir un verre d'eau ? De l'eau ?
(...)
Le silence était revenu, la nuée dévastant mon cerveau s'atténuait, ces milles voix qui me suppliciaient ne ressemblées plus qu'à un souvenir de murmures, me laissant seule maître de mes gestes à venir. J'ai alors empoigné le jetable qui trainait, et par des relents de journaliste à la retraite, j'ai immortalisé cet instant si précieux, où la femme devenait enfin libre.
Les chaînes qu'il m'imposait jour après jour, année après année venaient de se briser en quelques secondes.
Savez-vous ce qu'on endure, les injures, les rabaissements, inlassablement sans aucun signe de faiblesse, aucun. Subir ses états d'âme et n'avoir rien à redire. Etre seulement présente pour encaisser, apprendre à ravaler tous les sentiments qui osaient encore faire surface.
Et lorsque l'infime qui vous reliez au « nous » se brise, lorsque vous ne pensez n'avoir plus rien à perdre... La vision se trouble devant l'homme étendue, saoul, ivre d'inconscience, n'ayant plus la force de ma châtier, se contentent des mots qu'ils pouvaient encore prononcer. Et il devient victime, celle qu'il essayait de me faire devenir...»